david in winter

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lundi 24 avril 2017

M. Macron : une biographie


   


          Regardant ce matin le site américain Drudge report, comme je le fais parfois afin de m'informer des affaires du monde,  j'y découvre  une grande photographie d'un M. Macron, qui semble être devenu une sorte de super star de la société française.
       Qui est ce M. Macron?
       J'ai heureusement sous la main le Nouveau dictionnaire historique  par Une société de gens de lettres (1779, 10 vol. in-8) qui répond à ma curiosité, et que je cite :

      "MACRON : favori de l'empereur Tibère, l'instrument de la perte de Séjan, lui succéda dans la charge de capitaine des gardes. Il ne se servit de son crédit que pour immoler à son ressentiment & à la cruauté de son maître les plus grands hommes & les personnes les plus vertueuses de l'empire. Lorsque Tibère approcha de sa fin, Macron fit la cour à Caligula, qu'il prévoyait devoir succéder à l'empire. Il se l'attacha par les charmes de sa femme, que ce prince aima éperdument. Dans la suite , ayant appris d'un médecin que Tibère n'avait plus que deux jours à vivre, il engagea Caligula à prendre possession du gouvernement; mais voyant que Tibère commençait à se porter mieux,  il le fit étouffer  sous un tas de couvertures. Macron continua d'être en faveur auprès du nouvel empereur, mais son crédit ne fut pas de longue durée. Caligula l'obligea, lui & sa femme, à se donner la mort, ainsi le crime fut puni par le crime."

    Que ce Macron revienne aujourd'hui au faîte de l'actualité me réjouit, car j'y vois la preuve que mes contemporains ont abandonné leurs smartphones pour relire Suétone et Tacite.

mercredi 8 février 2017

Des épouses d'anciens et futurs Césars



   Est-il sage d'attaquer l'épouse d'un adversaire politique?
   Il y a bien des années, le meurtre d'un petit gigolo, d'ailleurs assez beau gosse, nommé Marcovic fit naître une affaire d'un retentissement inouï et dont les conséquences politiques furent proprement extraordinaires – mais à l'opposé des espérances de ses instigateurs.
  Pour mes jeunes lecteurs, ou mes contemporains dont les années ont blessé la mémoire, rappelons que ce Marcovic était, comme on l'apprit vite, un intime de M. Alain Delon (et, murmurait-on, encore plus intime de Mme Delon...), cela fit de l'éclat (multiples Unes promettant de croustillantes révélations), tumulte qui enfla de la rumeur affirmant que M. et Mme Pompidou étaient amis de M. Delon et de ce fait avaient, ou auraient pu... la distinction fut laissée floue, croisé,et même fréquenté le beau Marcovic.
  En ce même temps, on prêtait, et je pense plus à tort qu'à raison, à M. Pompidou des ambitions présidentielles, ce qui en faisait, pour certains de ses camarades politiciens, un concurrent, et un concurrent à abattre.
   Nous ne saurons jamais dans quel cerveau d'argousin de basse police naquit l'idée de la machination, mais machination il y eut , et bientôt courut le bruit, habilement sussuré aux oreilles de journalistes, qu'il y avait quelque chose entre Mme Pompidou et Marcovic, ce qui, dans les milieux bien informés, devint le récit de partouzes durant lesquelles se mêlaient orgiaquement acteurs fameux, bellâtres entretenus et éminence premierministérielle.
   Pour accréditer la chose, il fut fabriqué des photos, grossièrement truquées car cela se passait avant Photoshop..., montrant en position plus que compromettante la femme du futur (?) César.
    Restait à insinuer qu'une bien compréhensible jalousie, ou la crainte du scandale, ou la simple méchanceté, avait poussé l'époux outragé (ou trop complaisant, car ces fabrications ne se soucient ni des incohérences ni des contradictions) à charger quelque spadassin d'envoyer dans un monde meilleur le beau Marcovic.
   Comme il se doit, ce roman parvint aux oreilles du principal intéressé, qui fut ulcéré non tant qu'on cherchât à lui nuire aussi bassement, mais qu'on s'en prît à l'honneur d'une femme qu'il aimait et respectait.
    Aussi souhaita-t-il que le Chef de l'Etat, dont il se croyait proche et aimé, prît hautement sa défense et anéantît les calomnies, las, M. De Gaulle jugea la chose insignifiante, et la traita avec une désinvolture telle que le mari blessé crût que son maître ne rejetait pas totalement les récits malveillants.
    Se croyant délié de toute fidélité, M. Pompidou prononça un discours romain signifiant qu'en cas de retraite de M. De Gaulle, lui Pompidou était prêt à tenir les rênes du char de l'Etat, annihilant ainsi la fameuse menace "Moi ou le chaos", aussi un référendum fut-il joué et perdu, et M. Pompidou entra, victorieux,  à l'Elysée.  
    En l'an 2017, les gens de medias firent éclater une affaire (qui n'est une affaire que parce qu'ils la nomment ainsi) mettant en cause un politicien professionnel, M. Fillon, dont j'avais appris l'existence il y a quelques mois par des propos dont la rare veulerie m'amusa assez  pour que je lui consacrasse ici même un ironique billet.
   Nous pouvions donc penser que confronté à un Fillongate, cet homme allait se retirer sur ses terres la queue basse et retourner pour toujours à cette obscurité qui lui sied si bien.
   Mais... ô imprudente maladresse!, d'assez crétins journalistes baptisèrent l'affaire Penelopegate, prenant ainsi pour cible l'épouse plus que l'époux à abattre.
    M. Fillon, reconnaissons-lui cette qualité, aime et respecte Mme Fillon. L'on comprend que pour lui ce Penelopegate demandait une riposte appropriée à l'outrage, et aussitôt, tel un héros de bande dessinée jaillissant d'un corps maigrelet pour devenir un superhéros herculéen, le voilà qui tonne et rugit, défiant ses ennemis et clamant sa volonté redoublée de combattre jusqu'à la victoire.
   Connaîtra-t-il le même destin que M. Pompidou?
   Why not?

lundi 30 mai 2016

Les nouveaux magiciens d'Oz

  

   Une curiosité de vieillard désoeuvré m'a poussé à lire les propositions d'une sorte de mouvement né hier à Béziers, étrangement nommé Oz ta droite, et qui regroupe, ou espère regrouper, tous les partisans d'un Etat autoritaire et nationaliste.
   Parmi cet amas de propositions certaines sont de simple bon sens, d'autres franchement répugnantes, particulièrement contre le port du voile ou la construction de mosquées, mais l'une d'entre elles mérite un plus ample commentaire.
  Je la cite :
 " Supériorité du politique sur le juridique, et limitation du contrôle de constitutionnalité."
   Cette affirmation (ou projet?) ne signifie rien d'autre que la disparition de ce qu'il est convenu d'appeler l' Etat de droit, lequel a été scrupuleusement respecté par tous nos Rois, et même, quoiqu'avec moins de rigueur, par tous les gouvernements républicains et démocratiques.
  L'Etat de droit, je le précise, existe quand le souverain, qu'il soit monarque héréditaire ou élu, est soumis à la loi, id-est quand le juridique est supérieur au politique.
   Du temps de la monarchie et de la civilisation, le Roi, certes, créait la loi, mais une fois que celle-ci avait été édictée, il y obéissait, et bien souvent, les magistrats donnaient raison à un sujet contre la Couronne (ce que Louis XIV fit lui-même à maintes reprises en son Conseil privé, qui jugeait en dernier ressort).
  Les institutions de la Cinquième république ont été modifiées de telle sorte que le Parlement soit soumis au Président, ce qui entraîne que le législatif n'est qu'une chambre d'enregistrement des édits voulus par l'éxécutif, mais, en théorie, les membres du Parlement peuvent refuser d'enregistrer, et quoiqu'il en soit, une fois que les lois sont votées, le politique (l'éxécutif) est tenu d'y obéir et de se conformer aux arrêts (justes ou injustes est une autre affaire) rendus par les magistrats.
  Mieux encore. Il existe une hiérarchie de la norme juridique : de même que la loi est supérieure au règlement,  la Constitution est supérieure à la loi.
   Fini!
  Avec Oz ta droite, n'importe quelle loi bafouant la Constitution pourra entrer en vigueur. C'est d'ailleurs là une proposition redondante puisque le politique supérieur au juridique pourra faire n'importe quoi comme cela lui chante sans se soucier des lois. (Il y a bien une Convention européenne des Droits de l'Homme à laquelle l'Etat français a adhéré, mais Oz ta droite propose très logiquement de la jeter par la fenêtre)
   L'univers du Wizard of Oz resplendit de couleurs flamboyantes, celui d' Oz ta droite a les teintes sombres –brunes?—d'un cauchemardesque despotisme.

mardi 8 mars 2016

Femme : juste place de cette créature

    

 Dans sa grande sagesse, M. Etat a décrété un certain nombre de journées de, par exemple du topinambour ou du fourmilier tamanoir, durant lesquelles journées tout un chacun est sommé de célébrer les mérites du topinambour etc., lui demander très-humblement pardon pour l'avoir jadis (et par la méchanceté d'anciens aïeux) discriminé et s'empresser de lui accorder faveurs, privilèges et bisous.
   Ce jour d'aujourd'hui est donc journée de , non de la paramécie ou de l'orang-outan, mais de la  femme.
    Rappelons donc quelle place revient dans l'ordre de la nature aux représentantes du sexe imbécille.  
   Nous le ferons en citant ce bon saint Paul qui, dans sa première épître aux Corinthiens (chap. XI) , énonce ces vérités (révélées, et éternelles) :
   "Mais je veux encore que vous sachiez que Jésus-Christ est le chef de l'homme, que l'homme est le chef de la femme, & que Dieu est le chef de Jésus-Christ. (...)
   "Parce que l'homme n'a pas été tiré de la femme, mais la femme a été tirée de l'homme.
   "Et l'homme n'a pas été créé pour la femme, mais la femme a été faite pour l'homme." (traduction du R.P. Denis Amelote, prêtre de l'Oratoire, docteur en théologie)
    Je ne doute pas que, en ce moment même, ces nécessaires préceptes ne soient diffusés en boucle sur tous les écrans de télévision, d'ordinateurs et de téléphones.

   P.S.-Merci à Michel L. pour m'avoir incité à relire saint Paul.

mardi 1 mars 2016

Modeste proposition pour la paix religieuse

  

    On sait que, le 19 février 1715, le roi Louis XIV, d'heureuse mémoire, accorda en son palais de Versailles une audience solennelle à Mehemet Riza Beg, ambassadeur extraordinaire du roi de Perse, et que les mauvaises langues, dont M. le duc de Saint-Simon, dénigreur obsessionnel du grand Roi,  suivi de  M. de Montesquieu dans ses spirituelles et fielleuses Lettres persanes, affirmèrent que cet ambassadeur n'était qu'un imposteur dont le souverain français fut la naïve dupe, et que le traité de commerce alors signé entre les royaumes de France et de Perse n'eut aucun effet.
    Ce sont là de misérables, et de la part de ces deux auteurs, habituelles, calomnies.
    Dans un excellent ouvrage, Une ambassade persane sous Louis XIV (Paris,1907) que je viens d'acquérir et lire, M. Maurice Herbette établit, en utilisant les archives des Affaires étrangères,  la réalité de la qualité d'ambassadeur de Mehemet Riza Beg (et des effets bénéfiques du traité de commerce) et publie en appendice à son récit diverses pièces justificatives.
    Parmi celles-ci figure, traduite par l'interprète de l'ambassadeur de France à Istanboul, M. Padéry, la Lettre du Roi de Perse Hussein à Louis XIV, qui débute par de délicieux compliments odorants et parfumés, et dont j'extrais ces lignes:
     "Le grand empereur [Louis XIV] dont l'esprit est si éclairé n'ignore pas, sans doute, que les Arméniens (...) sont obligés de payer à notre trésor un tribut afin de pouvoir conserver leur religion en paix sans être inquiétés" ( je rappelle que les Perses étaient mahométans et les Arméniens chrétiens).
    Ce texte me fit réflèchir.
    J'ai en effet appris par les gazettes que, d'une part, les caisses de M. Etat sont aujourd'hui fâcheusement vides, et que, d'autre part, des turbulences nées de divergence de religions troublent la paix de notre vieille patrie gauloise.
    Il ne me fallut guère de temps pour que s'imposât à mon esprit une solution élégante pour remédier, grâce à un simple édit, à ces deux soucis.
    Il suffit d'établir une religion d'Etat (au hasard, la religion catholique, apostolique et romaine) puis de faire payer un tribut (mettons, de dix à trente pour cent de leurs revenus) à tous les fidèles d'autres religions ( mormons, mahométans, scientologues, shintoïstes, etc.) pour qu'ils puissent pratiquer librement leur culte et, si les rentrées s'avéraient insuffisantes pour les besoins de M. Etat,  la mesure pourrait être étendue aux divers hérétiques (nestoriens, anabaptistes, calvinistes, sociniens, ariens etc.).
    Et voici le Trésor s'emplir et  la tolérance règner, tandis que d'irritantes dissenssions cédent la place à une fraternelle harmonie.
    Ne suis-je pas un digne héritier des bienfaisants philosophes des Lumières?

    PS.- L'ambassadeur  Mehemet Riza Bey était un individu aussi arrogant que malpoli, et le récit de son voyage en France, suite d'étonnants incidents, est fort divertissant.