david in winter

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vendredi 22 décembre 2017

Un édile jalonneur







      Généralement de milieu modeste, l'élu local de nos dernières communes rurales se sent, sitôt revêtu d'un mandat local (conseiller municipal , régional, etc.) , transporté dans un monde enchanté qu'il n'avait alors effleuré que dans ses plus audacieux rêves en grattant des tickets de loterie, un univers où il n'y a pas à se soucier de ses gains pour dépenser, mais où l'argent coule à flots de robinets magiques offerts par de mystérieuses puissances, permettant ainsi de distribuer la manne à qui tend la main, et vous en remerciera d'un bulletin de vote portant votre nom.
    Je vis dans l'une de ces communes, et reçois donc la lettre émanant de l'un de ces organismes publics créés pour faire double ou triple emploi avec de multiples semblables, qui m'annonce, parmi d'étonnantes libéralités,  la création d'un circuit du patrimoine jalonné dans le bourg voisin.
   Ce bourg de treize cents habitants, où je vais acheter journaux et cigarettes, je le connais fort bien, il est, pour l'essentiel, resté ce qu'il était vers 1900, avec des maisons basses de un ou deux étages, façade sur rue, jardinet à l'arrière, architecture plaisante dans cette humble simplicité qui est son seul mérite, quant aux monuments remarquables, il ne s'en trouve aucun  -- à l'exception, peut-être..., de deux églises, que leurs clochers rendent  fort visibles.
  Mais, grâce à l'action persévérante d'un admirable maire que nulle difficulté ne rebute, ce bourg a obtenu d'être classé par une instance supérieure petite cité de caractère, c'est là un honneur propre à attirer les foules ont aussitôt pensé nos locaux édiles , d'où la décision de ce jalonnement grâce auquel, je cite, " les visiteurs pourront arpenter seuls les rues typiques".
  Que l'on me permette une confidence : depuis près de vingt ans, j'ai toujours pu arpenter seul la rue typique qui va de la boulangerie au bureau de tabac, mais il est vrai que je suis presque devenu un indigène.
   C'est donc pour l'allogène  arrivé des antipodes pour s'extasier sur les rares charmes d'une petite cité de caractère que vont être enfoncés de ci de là dans quelques trottoirs des clous de bronze, ces  jalons qui l'autoriseront à découvrir de manière autonome les facettes cachées d'un bourg pittoresque.
    Lesquelles cesseront d'ailleurs d'être cachées car des plaques seront apposées pour en dévoiler le secret.
   Les travaux, pour enfoncer les quelques douzaines de clous de bronze et accrocher la dizaine de plaques, dureront cinq mois et coûteront (budget prévisionnel) 20.869 euros et vingt centimes.

jeudi 4 mai 2017

Un avenir radieux, et tout socialiste



       La lecture du journal américain Breitbart m'apprit que ce M. Macron dont se délectent aujourd'hui les medias n'est pas le perfide favori de Tibère mais un vivace homonyme promis d'un cri unanime aux plus hautes destinées.
    J'entrepris donc de m'informer sur cette nouvelle étoile brillant au firmament des smartphones, je lus sa biographie dans Wikipedia (fourre-tout numérique dont le niveau intellectuel n'est pas tout-à-fait celui du Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, mais ceci est une autre histoire) , puis parcourus diverses gazettes en ligne et remarquai le persistant retour de cette troublante interrogation : M. Macron est-il socialiste ou libéral?
   Il est difficile de juger des sentiments et convictions d'un homme sur ses actes futurs et, quoique toute âme humaine recèle bien des mystères pouvant engendrer de déroutantes surprises, je ne peux que me fonder sur les engagements passés, et certains, de M.Macron pour savoir dans quel camp il se range.
   Lors de ses études de futur haut-fonctionnaire, futur employé de banque, futur M. Etat etc., M. Macron fut membre du Parti socialiste puis, après avoir consacré de brèves années à remplir son bas de laine dans la finance, il se fit embaucher par un Président socialiste à un poste élevé d'administration de la machine présidentielle socialiste pour être enfin nommé ministre d'un gouvernement totalement socialiste.
    Et ce n'est pas n'importe quel ministère qui lui fut attribué, mais celui de l' économie (plus broutilles comme le numérique ) – et que peut-il y avoir de plus authentiquement socialiste que la pensée que le gouvernement puisse se mêler d'économie, c'est-à-dire des échanges volontaires entre individus?
    Jugeons de M. Macron sur son passé, sur les choix qu'il a faits, et nous trouvons un  socialiste, point final.
   Mais, affirment les bourgeois conservateurs toujours avides de soutenir le rusé démagogue qui les mangera, M. Macron a été, depuis son adoubement médiatique, touché par la grâce libérale, et s'il ne cite pas, comme feu Ronald Reagan, Frédéric Bastiat pour son inspirateur c'est qu'il le confond avec le gribouilleur Basquiat, triste effet d'un enseignement moderne dont on ne peut le tenir pour responsable.
    Et regardez son programme! Ne promet-il pas de secourir artisans et petits entrepreneurs en supprimant les normes qui les empêchent de travailler?
   Voilà qui est certes excellent, mais allons voir de plus près  -- M. Macron assortit cette alléchante promesse d'une restriction : il supprimera bien plein de normes ... sauf celles impliquant la santé et la sécurité.
   Or, depuis plusieurs décennies, toutes les lois et normes édictées pour détruire les libres actions des hommes, écraser l'initiative individuelle et asservir  les conduites privées ont été prises au nom de la santé et de la sécurité   -- ainsi M. Macron promet-il que rien ne changera, et nous pouvons être certains que s'il est élu le socialisme en action , même s'il est renié en paroles, continuera de triompher.
    Quel noir avenir tracez-vous, me murmure-t-on tout à droite, mais heureusement rien n'est joué : M. Macron a une concurrente  -- dont le programme est encore plus socialiste, qui de surcroît est péniblement vulgaire et ne cesse d'énoncer de racoleuses bêtises que pour proférer d'atterrantes stupidités.
   Aussi dimanche resterai-je paisiblement en ma tanière à lire Gallia orthodoxa de l'immense Bossuet (dans la traduction anonyme publiée en 1768) tout en écoutant des cantates de Telemann – et pourquoi, pourquoi ô grands Dieux, descendrai-je de ces hauteurs?
  

lundi 24 avril 2017

M. Macron : une biographie


   


          Regardant ce matin le site américain Drudge report, comme je le fais parfois afin de m'informer des affaires du monde,  j'y découvre  une grande photographie d'un M. Macron, qui semble être devenu une sorte de super star de la société française.
       Qui est ce M. Macron?
       J'ai heureusement sous la main le Nouveau dictionnaire historique  par Une société de gens de lettres (1779, 10 vol. in-8) qui répond à ma curiosité, et que je cite :

      "MACRON : favori de l'empereur Tibère, l'instrument de la perte de Séjan, lui succéda dans la charge de capitaine des gardes. Il ne se servit de son crédit que pour immoler à son ressentiment & à la cruauté de son maître les plus grands hommes & les personnes les plus vertueuses de l'empire. Lorsque Tibère approcha de sa fin, Macron fit la cour à Caligula, qu'il prévoyait devoir succéder à l'empire. Il se l'attacha par les charmes de sa femme, que ce prince aima éperdument. Dans la suite , ayant appris d'un médecin que Tibère n'avait plus que deux jours à vivre, il engagea Caligula à prendre possession du gouvernement; mais voyant que Tibère commençait à se porter mieux,  il le fit étouffer  sous un tas de couvertures. Macron continua d'être en faveur auprès du nouvel empereur, mais son crédit ne fut pas de longue durée. Caligula l'obligea, lui & sa femme, à se donner la mort, ainsi le crime fut puni par le crime."

    Que ce Macron revienne aujourd'hui au faîte de l'actualité me réjouit, car j'y vois la preuve que mes contemporains ont abandonné leurs smartphones pour relire Suétone et Tacite.

mercredi 8 février 2017

Des épouses d'anciens et futurs Césars



   Est-il sage d'attaquer l'épouse d'un adversaire politique?
   Il y a bien des années, le meurtre d'un petit gigolo, d'ailleurs assez beau gosse, nommé Marcovic fit naître une affaire d'un retentissement inouï et dont les conséquences politiques furent proprement extraordinaires – mais à l'opposé des espérances de ses instigateurs.
  Pour mes jeunes lecteurs, ou mes contemporains dont les années ont blessé la mémoire, rappelons que ce Marcovic était, comme on l'apprit vite, un intime de M. Alain Delon (et, murmurait-on, encore plus intime de Mme Delon...), cela fit de l'éclat (multiples Unes promettant de croustillantes révélations), tumulte qui enfla de la rumeur affirmant que M. et Mme Pompidou étaient amis de M. Delon et de ce fait avaient, ou auraient pu... la distinction fut laissée floue, croisé,et même fréquenté le beau Marcovic.
  En ce même temps, on prêtait, et je pense plus à tort qu'à raison, à M. Pompidou des ambitions présidentielles, ce qui en faisait, pour certains de ses camarades politiciens, un concurrent, et un concurrent à abattre.
   Nous ne saurons jamais dans quel cerveau d'argousin de basse police naquit l'idée de la machination, mais machination il y eut , et bientôt courut le bruit, habilement sussuré aux oreilles de journalistes, qu'il y avait quelque chose entre Mme Pompidou et Marcovic, ce qui, dans les milieux bien informés, devint le récit de partouzes durant lesquelles se mêlaient orgiaquement acteurs fameux, bellâtres entretenus et éminence premierministérielle.
   Pour accréditer la chose, il fut fabriqué des photos, grossièrement truquées car cela se passait avant Photoshop..., montrant en position plus que compromettante la femme du futur (?) César.
    Restait à insinuer qu'une bien compréhensible jalousie, ou la crainte du scandale, ou la simple méchanceté, avait poussé l'époux outragé (ou trop complaisant, car ces fabrications ne se soucient ni des incohérences ni des contradictions) à charger quelque spadassin d'envoyer dans un monde meilleur le beau Marcovic.
   Comme il se doit, ce roman parvint aux oreilles du principal intéressé, qui fut ulcéré non tant qu'on cherchât à lui nuire aussi bassement, mais qu'on s'en prît à l'honneur d'une femme qu'il aimait et respectait.
    Aussi souhaita-t-il que le Chef de l'Etat, dont il se croyait proche et aimé, prît hautement sa défense et anéantît les calomnies, las, M. De Gaulle jugea la chose insignifiante, et la traita avec une désinvolture telle que le mari blessé crût que son maître ne rejetait pas totalement les récits malveillants.
    Se croyant délié de toute fidélité, M. Pompidou prononça un discours romain signifiant qu'en cas de retraite de M. De Gaulle, lui Pompidou était prêt à tenir les rênes du char de l'Etat, annihilant ainsi la fameuse menace "Moi ou le chaos", aussi un référendum fut-il joué et perdu, et M. Pompidou entra, victorieux,  à l'Elysée.  
    En l'an 2017, les gens de medias firent éclater une affaire (qui n'est une affaire que parce qu'ils la nomment ainsi) mettant en cause un politicien professionnel, M. Fillon, dont j'avais appris l'existence il y a quelques mois par des propos dont la rare veulerie m'amusa assez  pour que je lui consacrasse ici même un ironique billet.
   Nous pouvions donc penser que confronté à un Fillongate, cet homme allait se retirer sur ses terres la queue basse et retourner pour toujours à cette obscurité qui lui sied si bien.
   Mais... ô imprudente maladresse!, d'assez crétins journalistes baptisèrent l'affaire Penelopegate, prenant ainsi pour cible l'épouse plus que l'époux à abattre.
    M. Fillon, reconnaissons-lui cette qualité, aime et respecte Mme Fillon. L'on comprend que pour lui ce Penelopegate demandait une riposte appropriée à l'outrage, et aussitôt, tel un héros de bande dessinée jaillissant d'un corps maigrelet pour devenir un superhéros herculéen, le voilà qui tonne et rugit, défiant ses ennemis et clamant sa volonté redoublée de combattre jusqu'à la victoire.
   Connaîtra-t-il le même destin que M. Pompidou?
   Why not?