david in winter

david in winter

samedi 27 janvier 2018

Pitié pour les femmes (mais pas toutes)




     --Caramba !, s'exclama el Direttore du Teatro del Maggio Musicale de Florence en achevant de lire l'argument de Carmen (livret de Henri Meilhac et Ludovic  Halévy d'après la nouvelle de Prosper Mérimée, musique de Georges Bizet ), mais... la Carmen... elle est tuée ! Et... par un homme !
    El Direttore sentit son front se couvrir de sueur. Comment, en l'an 2018, pourrait-il laisser montrer sur la scène, cette scène même qu'il dirige, le meurtre d'une Femme ?!!!
   Ainsi qu'il le déclara plus tard à des journalistes admiratifs :
   --A notre époque marquée par le fléau des violences faites aux femmes (*), il est inconcevable qu'on applaudisse  le meurtre de l'une d'elles.
   Mais que faire ? El Direttore appela aussitôt un monsieur Leo Muscato, metteur en scène de son état, et déjà chargé de massacrer par divers artifices le célèbre opéra. Tempêtes sous deux crânes et ... eurêka! La solution fut trouvée, aussi simple et parfaite que l'œuf de Christophe Colomb : à la fin de l'acte quatre et dernier, ce ne serait plus don José qui tuerait Carmen mais Carmen  qui tuerait don José. Certes, celui-ci s'exclame bien : "Vous pouvez m'arrêter, c'est moi qui l'ai tuée", mais l'opéra étant chanté en français devant un public italien, il était permis d'espérer que cette malencontreuse phrase ne serait pas comprise .
   Et c'est ainsi qu'en ce début de janvier 2018, les mélomanes florentins eurent le bonheur d'entendre une Carmen conforme aux nouvelles mœurs.
    L'affaire éveilla l'attention de nombreux confrères de notre Direttore car il existe, hélas! mille fois hélas!!!, d'autres opéras qui se terminent fâcheusement pour l'héroïne.
    Pour être bref, je n'en citerai qu'un, mais un fleuron du répertoire , c'est Otello (musique de Giuseppe Verdi, libretto d'Arrigo Boito d'après William Shakespeare). Dans lequel, je le  rappelle à l'intention des directeurs d'opéras et autres musicologues, à la fin de l'acte quatre et dernier (décidément dangereux) Otello (un homme) étrangle Desdemona (une femme).
    Tout ce qui a été dit pour Carmen peut être repris ici, pas question de montrer etc. et même solution : la frêle Desdemona étranglera le vigoureux Otello.
    Sauf que...
    Otello (Othello en français) est, nous dit Shakespeare,  un Maure, c'est-à-dire un monsieur venu d'Andalousie ou d'Afrique du Nord, et dont on a fait peu à peu un originaire du Sénégal ou de l'Ouganda, bref un migrant.
    Et peut-on, à notre époque marquée par le fléau des violences faites aux migrants, etc., montrer le meurtre d'un tel homme par une créature certes femelle , mais européenne, et aux cheveux d'un éclatant blond vénitien?
   Cruel dilemme, qu'avait pressenti mon ami Philippe Muray dans Moderne contre Moderne.
   Il existe heureusement un moyen de le résoudre, ce cruel dilemme , que je livre gratuitement  aux directeurs de théatres lyriques.
   Si toutes les femmes sont également supérieures aux hommes, elles ne sont pas égales entre elles, car il en existe qui professent ( ou ont professé) des idées nauséabondes et peuvent donc  être allégrement exterminées sous les applaudissements médiatiques.
   Je suis certain que vous avez déjà compris, ô lectrices ô lecteurs!, ce que devra faire le metteur en scène d'un nouvel Otello : affubler Desdemona d'un masque de carnaval représentant feue Mme Thatcher ( à Covent garden), ou Sarah Palin (au Met), ou Mme Le Pen (à l'Opera-Bastille), et laisser Otello l'étrangler, l'étouffer et même, pour une versions gore, l'égorger.
  Ouf!
   ---
*Surtout à Hollywood (note de moi).

7 commentaires:

  1. Purée de nous autres, on l'a échappé belle ! Moi, le dilemme d'Otello, ça m'a carrément mis dans les transes ! Heureusement que vous êtes là…

    RépondreSupprimer
  2. Pour Héloïse et Abélard, pas besoin de retoucher la fin de l'histoire, la castration devant pleinement contenter nos féministes.
    Pour Tristan et Yseult, Roméo et Juliette, faut voir.

    Le Page.

    RépondreSupprimer
  3. Voilà un billet qui me met en joie. La chute est à mourir...
    Mais que voulez-vous... ces dames se sont montrées si outrageantes, si tonitruantes, si souvent hommes qu'il ne faut pas s'étonner du sort tragique qui leur est réservé.

    RépondreSupprimer
  4. Vous prouvez avec maestria qu'on peut résoudre d'apparentes contradictions tout en respectant l'ordre moral d'aujourd'hui !

    RépondreSupprimer
  5. Merci, excellents commentateurs.
    Je réflèchis à une réécriture de Rigoletto pour éviter à Gilda un sort que l'on ne peut aujourd'hui montrer.
    La Traviata est également une source de souci, du même ordre que La Bohême --encore des femmes qui meurent!Plus jamais ça!!!

    RépondreSupprimer
  6. Il est aussi fort évident que, que ce soit pour Carmen ou d'autres, c'est "le meurtre d'une femme" que l'on applaudit, pas la pièce, pas le livret, pas les artistes etc...
    On commandera donc un festin commandé chez Mac Do pour le Commandeur, et Aïda ne sera qu'une pub pour le club med de Charm El Cheikh...
    Quant à l' Arlésienne...

    RépondreSupprimer
  7. C'est avec consternation qu'en lisant ce blog bourgeois je m'aperçois que les solutions proposées sont inéluctablement et scandaleusement celles d'esprits pervertis par une éducation classique.
    La seule solution égalitaire (genre, couleur, etc.) et donc légitime, est de supprimer le répertoire classique de l'opéra ou du théâtre.
    En effet modifier la fin d'une pièce ne remédie en rien au fait que la famille et les ancêtres de Juliette ne sont pas Tutsis.
    Ainsi de nouveaux créateurs issus des cours universitaires d'intermittents du spectacle produiront des œuvres conformes à l'esprit du temps dans lesquelles chacun aura enfin la place qu'il mérite et Elisabeth II sera noire, Louis XIV aussi, comme le roi du Monomopata. Oui-Oui aussi.
    Quant aux hommes blancs, que Dieu les protège (et mieux qu'en Afrique du Sud s'il n'est pas complice !).

    RépondreSupprimer